Voyager en tant qu'agoraphobe
Nomade

Comment voyager m’a aidée à vaincre mon anxiété sociale

Les agoraphobes et ceux au prise avec des problèmes d’anxiété social peuvent-ils voyager? Je suis la preuve que oui, et voici mon histoire.

Je n’avais jamais réalisé à quel point le Stade Olympique de Montréal était près de chez moi. En allant chez un ami qui habite dans l’Est, je suis tombée dessus « par hasard ». J’ai eu la même réaction qu’on a quand on sait qu’on habite dans la même ville qu’un ami, mais qu’on le croise par hasard dans la rue.

Assise dans ces estrades qui ont accueilli des athlètes qui ont vaincu leurs peurs, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aussi à toutes les batailles que j’ai gagnées.

La vérité, c’est que même aujourd’hui, je suis encore en rémission.

Quand j’avais 23 ans, j’ai quitté mon emploi, lâché l’université… et je ne suis pas partie explorer le monde.

Au lieu de ça, je suis restée enfermée dans mon appartement au demi sous-sol. À cette période, mon anxiété était tellement élevée que de sortir pour aller à l’épicerie qui se trouvait à 300 mètres était un défi.

Quand vous atteignez ce stade d’agoraphobie, vous perdez en quelque sorte le sens des distances.

Dans ma 20aine, j'ai passé près de 2 ans enfermée chez moi. Je ne pensais jamais pouvoir me sortir de l'agoraphobie, et encore moins que voyager allait m'aider à y arriver. Alors voyager avec une anxiété sociale, c'est possible? Absolument! #agoraphobie #voyage #voyager #anxiete #resolution

Voyager a été pour moi une magnifique façon de me sortir de ma période agoraphobe. Difficile à croire, comme j'avais peur de sortir de chez moi, mais j'y suis arrivée et ça a été le plus beau cadeau que je me suis fait. #voyage #voyager #backpacking #anxiete #agoraphobie

Qu’est-ce que l’agoraphobie?

Si vous ne savez pas ce qu’est l’agoraphobie, c’est une peur si intense qu’elle vous empêche de quitter la maison. Vous sentez que si vous sortez, quelque chose de terrible va se produire. Vous allez peut-être même mourir. En résumé, c’est la peur d’avoir peur.

Les symptômes varient d’une personne à l’autre, mais les attaques de panique sont plutôt généralisées. Elles peuvent être si intenses que vous avez l’impression de perdre le contrôle de votre corps.

J’ai eu ma première crise d’angoisse en voiture un jour que je revenais de l’université. Ce soir-là, je suis restée debout toute la nuit à penser que j’étais en train de devenir folle. Avec du recul, j’étais probablement épuisée, mais ça n’a jamais l’air si simple quand ça nous arrive pour la première fois.

Objectivement, une attaque de panique n’est pas dangereuse. En fait, c’est un rush d’adrénaline qui est envoyé dans notre corps pour le préparer à affronter un danger. C’est une réaction sécuritaire du corps.

Facile à dire, dur d’y croire.

Après ce premier épisode, je me suis mise à craindre d’avoir des attaques de panique et, lentement, je me suis mise à éviter de plus en plus d’endroits qui étaient susceptibles de m’angoisser. Jusqu’au jour où le seul endroit où je me sentais en sécurité était mon appartement au demi sous-sol.

Je suis restée à la maison à regarder la trilogie du Seigneurs des anneaux, en version longue, plusieurs fois… et toutes les saisons de Friends.

Les « comportements-béquilles »

Chaque fois que je devais sortir de la maison, mon rythme cardiaque s’accélérait et j’avais la nausée. Ma maison était mon camp de base et dehors, c’était la guerre. Je me suis mise à adopter des « comportements-béquilles ».

Les « comportements-béquilles » sont des choses qu’on fait pour se protéger d’une attaque de panique. Ça peut aller de toujours trainer des Gravols sur soi à ne jamais sortir sans un ami. Le problème, c’est que ça ne fait que garder notre peur vivante.

Qu’est-ce qui se passe si on se rend compte qu’on a oublié nos Gravols? Panique immédiate.

Safari en jeep au Sri Lanka

En safari au Sri Lanka

Comment je m’en suis sortie

Je ne vous mentirai pas en disant que c’est facile de vaincre l’agoraphobie, mais quand vous commencez à gagner de petites batailles, c’est tellement encourageant.

Afin de réduire votre agoraphobie et d’éventuellement la vaincre, c’est essentiel que vous arrêtiez de percevoir les attaques de panique comme un danger. Pour y arriver, j’ai suivi une thérapie pendant plus d’un an.

C’est plutôt court en fait de temps de thérapie, mais c’est vraiment long pour une fille dans la vingtaine. Je suis certaine d’avoir personnellement contribué à la préservation des lacs du Québec avec toutes les larmes que j’ai pleurées.

La thérapie m’a donné des outils et des connaissances pour aider ma situation, mais rien ne bat l’agoraphobie comme sortir de chez soi.

À 27 ans, j’ai donc décidé de me botter le c** et de faire un voyage sac à dos au Honduras. Parce que si je devais mourir, aussi bien le faire dans un endroit chaud au bord d’une plage.

Nouvelle de dernière heure: je ne suis pas morte.

Au Honduras en 2012, mon sourire dit tout.

Au Honduras en 2012, mon sourire dit tout.

Comment le voyage m’a aidée à vaincre mon agoraphobie

La raison pour laquelle il m’aura fallu plus de 4 ans pour me sortir de ma phobie est que j’étais convaincue qu’il fallait d’abord que je vainque ma peur pour retourner dans les endroits qui m’effrayaient. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de meilleur endroit pour vaincre une peur que l’endroit où la peur se trouve.

Voyager dans une destination méconnue où les gens ne parlaient ni Français ni Anglais est la décision la plus stupide que j’ai prise de ma vie. C’est aussi la meilleure.

Sans repère familier, c’était impossible pour moi de faire le lien avec des épisodes passés.

C’est certain qu’il m’a fallu beaucoup de courage pour prendre un vol d’une durée de 6 heures, mais voyager a été beaucoup plus facile que je l’imaginais.

Je n’en avais rien à faire d’avoir l’air folle, parce que je ne connaissais personne. Je n’avais rien à faire d’être en retard à cause d’une attaque de panique parce que je n’étais attendue nulle part. Je n’avais pas peur d’être loin de la maison, parce que chaque hôtel que je croisais sur mon chemin pouvait être ma maison. Chez moi, c’était donc partout.

Au Honduras, j’ai réalisé que je n’étais pas physiquement malade.

De retour à la maison, ça a été plus facile de dealer avec mes peurs et lentement, je m’en suis remise.

Depuis, j’ai visité une 20aine de pays, ce qui n’est pas tant que ça comparé à certains autres blogueurs voyage, mais je suis certainement allée plus loin que l’épicerie au coin de ma rue.

J’ai de la difficulté à trouver les mots pour bien terminer cet article… Je veux juste dire à tous les gens qui se battent avec un problème d’anxiété sociale que vous êtes des BADASS. Vous êtes des guerriers du quotidien. J’espère que j’ai réussi à vous donner un peu d’espoir.

La vie peut aller mieux que maintenant.

Faites-moi confiance là-dessus.

Grosse vague d’amour pis toute. xx


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6 Commentaires

  • Reply Marie Voyages janvier 2, 2018 at 5:03

    Quel bel article, tellement touchant ! Il a surement fallut beaucoup de courage pour réussir à mettre des mots sur ce que tu as traversé et encore plus pour le partager sur ton blog. Et je suis tout à fait d’accord avec ta dernière phrase, les gens qui souffrent ont besoin de tellement plus de force pour réussir à vaincre leurs problèmes que n’importe qui d’autre ! En tout cas, ton expérience est pleine d’espoir et d’inspiration ! Chapeau bas !

    • Reply Annie Anywhere janvier 2, 2018 at 9:02

      Merci pour les bons mots Marie! En effet, j’ai longtemps hésité parce que je ne voulais pas être associée uniquement à ça… devenir la voyageuse agoraphobe point. Et ensuite je me suis dis que ça pourrait peut-être aider bien des gens.

  • Reply Hazel janvier 3, 2018 at 5:40

    Bonsoir !
    Je suis très heureuse d’être tombée sur ton blog !
    J’ai voyagé 3 fois seulement (2 fois seule et 1 fois avec une amie), j’ai réussi à prendre l’avion à ma plus grande surprise alors que le simple fait de les voir dans le ciel me faisait peur haha
    Ces petites victoires m’ont rendu fière de moi, on se découvre plus autonome, on se rend compte qu’on est capable de beaucoup, alors que ce trouble a tendance à faire perdre toute confiance en soi. Mais une fois de retour à la maison, il est de nouveau très dur d’en sortir.
    Je suis agoraphobe depuis mes 19 ans (j’ai 26 ans aujourd’hui) et je n’ai que mon bac en poche et pas la moindre expérience professionnelle.
    Je me sentais assez forte pour retourner « dans une vie normale » mais beaucoup de porte se sont fermées durant 2017. C’est déprimant.
    Je ne lâche pas mes recherches mais c’est dur !

    Bref, ton article m’a motivée à trouver un job pour pouvoir me financer quelques voyages sympa qui me feront du bien mentalement :)

    • Reply Annie Anywhere janvier 3, 2018 at 5:49

      Ton message me fait tellement plaisir à lire! Moi aussi j’ai des petites rechutes parfois, quand je vis de grandes périodes de changements, de stress ou de fatigue. Malgré tout, chaque bataille gagnée me donne plus de force pour la prochaine petite rechute. Bravo pour toutes tes victoires et ne lâche surtout pas! :)

  • Reply Sylvie janvier 4, 2018 at 4:28

    Je ne suis pas agoraphobe, mais je connais plusieurs personnes dans mon entourage subissant ou se battant contre ces angoisses si handicapantes. Ton article va peut-être les aider.
    En tous cas, je voulais juste te dire Bravo ! Bravo pour ton courage pour te sortir de cette spirale d’angoisse et bravo pour cet article.
    Je te souhaite une très belle année 2018 !

    • Reply Annie Anywhere janvier 4, 2018 at 9:20

      Merci beaucoup! Bon courage à ceux qui t’entourent et qui ont ces troubles. Je leurs envoie des ondes positives. xx

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