Mocassins traditionnels cris, fabriqués à la main au Québec.

Oujé-Bougoumou, une terre à soi

Au village, on raconte qu’un ours s’était coincé dans la glace. On a dû l’abattre, car il était impossible de le sortir de là. Quelques jours plus tard, on a retrouvé un ancien décédé dans son chalet en forêt. Les Cris croient que l’ours était un messager.

La culture crie et ses croyances sont encore bien vivantes à Oujé-Bougoumou, près de Chibougamau, dans le nord du Québec.

L’endroit où les gens se rassemblent, c’est ce que signifie le nom de ce village où vivent environ 700 personnes, majoritairement autochtones.

Depuis 1989, les Cris de la région ont enfin une terre à eux. Un endroit où ils peuvent honorer leurs principes : l’autosuffisance, la protection de l’environnement et le partage de la culture crie.

J’ai eu la chance d’y passer un long weekend et de vivre une des expériences culturelles les plus marquantes de mes périples autour du monde. Pourtant, c’est juste à côté. À peine 1 heure d’avion ou 8 heures de voiture de Montréal et vous y êtes.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur la culture amérindienne, les touristes sont les bienvenus !

Visite du ville d'Oujé-Bougoumou, à la Baie-James. Explorer le nord du Québec autrement en découvrant la culture crie.

Culture crie

La passion d’Anna Bosum pour la culture crie est inconditionnelle. Lorsqu’elle nous transmet son savoir, c’est la dévotion et l’amour qu’on reçoit en même temps. Nous avons passé la majeure partie de notre temps au camp Nuuhchimi Wiinuu, qu’elle tient avec son mari David.

Loin d’être un attrape-touriste, c’est une véritable immersion dans la culture crie qui vous est offerte au camp. Ce ne sont pas que des touristes qui y viennent, mais aussi des Cris de toutes générations qui souhaitent apprendre les modes de vie traditionnels.

En harmonie avec la nature, Anna nous explique comment elle a pris soin de ses enfants pendant les jours en camp.

Les couches, c’étaient des tissus avec de la mousse séchée trouvée sous le sol. Le berceau, une couverture placée savamment sur des cordes. On est loin des gadgets modernes qui nous créent des besoins superflus.

La forêt boréale du nord du Québec offre des ressources que nous avons oubliées.

Anna nous apprend la façon amérindienne de prendre soin d'un bébé.

Visite culturelle dans une réserve autochtone.

Anna nous apprend à préparer la peau d'orignal dans le camp culturel cri.

***

Trapper le lièvre

Vêtues de raquettes traditionnelles et de mocassins en peau d’orignal, on traverse le lac Scott pour aller trapper le lièvre, accompagnées de Lawrence.

Il avance deux fois plus vite que nous, même sans raquette, avec ses pas de géant. Clairement, ce n’est pas le premier hiver qu’il voit.

En suivant les pistes dans la neige, on cherche ce qu’il appelle les « autoroutes à lièvres ». Puisque ceux-ci passent toujours au même endroit, Lawrence trouve le passage, installe un collet, et le souper du lendemain est réglé.

J’entends les vegans se révolter, mais pourtant je n’ai jamais vu une chasse aussi respectueuse. La terre est remerciée pour la prise; l’animal est honoré; chaque morceau de viande ou de fourrure est utilisé; et une prière est faite avant de le consommer.

Ça devrait toujours être ainsi.

Avec un calme exemplaire, Lawrence et David installent aussi un filet sous la glace pour attraper quelques poissons à offrir aux personnes âgées. La grêle se met à tomber, mais les deux hommes ne bronchent pas.

Pas de Budweiser et de blagues salaces pour cette partie de chasse et pêche. Le calme et l’attention aux détails offrent un côté spirituel à cette pratique. On ne tue pas par sport, mais par autosuffisance.

Marche sur le lac Scott en hiver

Raquettes_traditionnelles_Baie-James

Trappe à lièvres à Oujé-Bougoumou

***

Une nuit en camp 

De retour à Nuuhchimi Wiinuu, on choisit notre campement pour la nuit. Les trois exploratrices que nous sommes y vont du choix le plus traditionnel.

Pascale, Anne, et moi-même plaçons nos oreillers près du feu. Une couche de sapin baumier, un petit tapis, une peau d’ours et un sac de couchage feront notre confort pour la nuit. On fera des rondes pour mettre des bûches dans le poêle à bois.

Malgré tout, je suis glacée. J’aurais dû prévoir de meilleurs vêtements.

En pleine nuit, la neige qui se détache du toit en toile fait le bruit du tonnerre. La porte du poêle à bois grince à chaque fois que quelqu’un ajoute des bûches. À force de se réveiller au milieu de la nuit, on espère apercevoir des aurores boréales, mais pas de chance, le ciel est couvert.

Heureusement, l’odeur de sapin envahie l’air et nous réconforte.

Il fait si froid que les tuyaux ont gelé dans le chalet principal. La toilette pour la nuit, une chaudière avec un sac en plastique, est posée entre les deux toiles de l’entrée. Pour ce qui est de la douche, ça ira à notre retour au village.

Non, ce n’est pas un choix d’hébergement pour les princesses. Heureusement, si vous ne souhaitez pas camper, sachez que le Capissisit Lodge, un bon hôtel, est situé à Oujé-Bougoumou.

Camp Nuuhchimi Wiinuu à la Baie James.

***

Pour en savoir plus

Pour en apprendre plus sur la culture et l’artisanat cris, je vous invite à visiter l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw à Oujé-Bougoumou. Des ateliers de perlage y sont entre autres offerts.

***

Infos pratiques 

Hébergement : Des campements sont offerts avec lits. Vous n’êtes pas obligés de choisir le plus rustique comme nous. Si vous êtes frileux, je vous conseille fortement de dormir à l’hôtel.

Nourriture : Il n’y a pas d’épicerie à Oujé-Bougoumou, qu’un petit dépanneur. Prévoyez donc des réserves, car l’épicerie la plus près se situe à Chibougamau, à 60 km. Le restaurant du Capissisit Lodge ferme tôt, et il n’y a pas d’autres restaurants. Comme il est le seul, mieux vaut réserver. Au camp, les repas sont compris, mais prévoyez des collations.

Habillement : Prévoyez plusieurs couches de vêtements pour vous adapter au sport et à la météo. Pour dormir, mettez de côté une paire de bas et une tuque sèche qui seront réservées au dodo.

***


Merci, Meegwetch, à Tourisme Eeyou Itschee Baie-James de m’avoir reçue le temps d’un weekend. C’est avec grand plaisir que j’ai pu découvrir votre région. Bien entendue, les opinions sont les miennes, même si on m’a offert du chocolat chaud.


Et vous, connaissez-vous bien la culture autochtone? Oseriez-vous trapper le lièvre ou dormir dans un camp traditionnel en hiver? 

2 Commentaires

  • Weekend and Trips

    03.03.2017 at 07:14 Répondre

    Chouette aventure ! C’est toujours plus intéressant de s’immerger dans les cultures locales :)

Laisser un commentaire